Crise de la Dermatose Nodulaire Contagieuse (DNC) : ce qu’il faut savoir

Après l’Italie, depuis quelques semaines, la France fait face à sa première crise de dermatose nodulaire contagieuse (DNC).

Cette situation inédite, qui a débuté en Savoie et Haute-Savoie, soulève de nombreuses questions

Qu’est-ce que la DNC ?

La DNC est une maladie virale exclusivement bovine.
Elle n’est pas transmissible à l’être humain.

Diagnostiquée pour la première fois en France fin juin 2025 en Savoie, la dermatose nodulaire contagieuse se transmet entre bovins, principalement via les insectes.

Ses symptômes incluent fièvre, lésions cutanées nodulaires, baisse de production laitière, voire mortalité dans certains cas.

Quelle est la règlementation applicable ?

La DNC est classée comme un danger sanitaire de 1re catégorie.
A ce titre, elle est soumise à une obligation de déclaration et d’éradication.

La réglementation européenne et française, notamment le règlement (UE) 2016/429 et un arrêté du 16 juillet 2025, impose des mesures strictes pour endiguer cette maladie.

Bien que dévastatrices, ces mesures visent à prévenir la propagation de la maladie et à maintenir le statut de « région indemne » essentiel pour les exportations.

Quelles est le contenu complet de la stratégie de lutte contre cette maladie ?

Selon les recommandations scientifiques (ANSES, CIRAD, …) validées par le Conseil National d’Orientation de la Politique Sanitaire Animale et Végétale
(CNOPSAV) le 16 juillet 2025, la stratégie de lutte contre la DNC est fondée sur plusieurs piliers :

  1. Le dépeuplement total des foyers infectés, autrement dit, l’abattage systématique de l’ensemble du troupeau, conformément à la règlementation européenne précitée.
    La dermatose nodulaire contagieuse est classée maladie animale de catégorie A, au même titre que la fièvre aphteuse ou la tuberculose bovine.
    L’article 12 du règlement (UE) 2020/687 impose l’abattage total des troupeaux infectés dès le premier cas confirmé (catégorie A) et le règlement d’exécution (UE) 2021/1070 de la commission porte précisément sur la DNC.
    Aucune dérogation n’a jamais été accordée.
  2. L’instauration de périmètres réglementés avec limitations strictes des mouvements animaux.
    Pour freiner la diffusion du virus, les services de l’État mettent en place des zones réglementées autour des foyers d’infection, dans lesquelles les mouvements d’animaux sont interdits.
    Des mesures de biosécurité renforcées sont également imposées aux éleveurs pour éviter la transmission du virus, principalement via les insectes.
    Ces mesures incluent la lutte contre les insectes, la limitation des accès à l’élevage, la désinfection des véhicules et des personnes, et la tenue d’un registre de passage.
  3. L’organisation d’une campagne de vaccination obligatoire dans ces zones, prise en charge par l’État.
  4. Dès le lancement de la crise, la France a commandé le maximum de doses disponibles via la banque vaccinale européenne.
    La campagne de vaccination a commencé dès le week-end du 18 juillet 2025 et concerne tous les bovins situés dans une zone réglementée d’environ 50 km de rayon autour des foyers, incluant Savoie, Haute-Savoie, une partie de l’Ain et de l’Isère.
    Néanmoins, le vaccin met 21 jours à être effectif.
    Or, pendant cette période, les abattages se poursuivent…
  5. le renforcement des capacités de diagnostic, avec la mobilisation d’élèves vétérinaires et l’homologation de nouveaux laboratoires pour des résultats sous 48h.

Cette stratégie est-elle vraiment optimale ?

Sur le terrain, les vétérinaires et techniciens des DDETSPP, qui, rappelons-le, ne sont pas décisionnaires mais contraints, appliquent la règlementation européenne en continuant de faire procéder à des euthanasies.

Néanmoins, il est vraisemblable qu’une campagne de vaccination massive pourrait endiguer la maladie et libérer les éleveurs de cette épée de Damoclès.

Pourtant, le 29 août dernier, le CNOPSAV, s’il autorisait la vaccination systématique des bovins aux éleveurs Corses, la refusait aux éleveurs de métropole qui ne sont pas basés dans une zone règlementée.

Il semble donc que l’Etat préfère verser des indemnités à des éleveurs détruits psychologiquement que payer le prix de la sérénité en finançant une campagne de vaccination massive.

Il parait donc probable que cette épidémie se poursuive et s’étende, au détriment des animaux sains et, bien sûr des éleveurs.

Quelles suites pour les éleveurs impactés ?

Conscient de l’impact économique et psychologique de la crise (mais sans doute pas de sa réelle portée…), le gouvernement français a mis en place des mesures d’aides aux éleveurs :

  1. Indemnisation financière : Le délai de versement des premières avances est raccourci et la période d’indemnisation pour le déficit de production augmentée, pour prendre en compte la durée de l’interdiction de remise en place d’animaux. La neutralité fiscale de ces indemnisations est également envisagée.
  2. Accompagnement psychologique pour faire face au traumatisme de la perte de leur troupeau, parce que, oui, un éleveur digne de ce nom souffre de voir euthanasier ses bêtes, et pas seulement parce qu’elles constituent son outil de travail…

En conclusion

La sévérité et l’injustice de la politique d’abattage total des troupeaux imposée par la règlementation européenne obéit malheureusement à une nécessité impérieuse sanitaire poursuivie par les autorités.

Sur le papier, la stratégie combinée — dépeuplement, vaccination, limitations de mouvement et soutien aux éleveurs — répond à la fois aux exigences européennes et à l’objectif national de protection de la filière.

Néanmoins, le refus d’une vaccination systématique préventive, appliquée à tout le territoire de la métropole interroge et apparait quelque peu contre-productif…

3 Commentaires

  1. Sylvie Sergent

    Je trouve lamentable que cette maladie qui existe depuis un moment, l Europe aurait pu prévoir et demander la vaccination à tous les bovins. Trop facile d abattre des troupeaux entiers. Les agriculteurs vivent avec des difficultés et où les suicides existent tous les jours, voir le troupeau abattus c est leur donner une balle pour la mettre dans la tête.

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  2. Claudie Leray

    C’est inadmissible et révoltant d’ abattre des bovins sains.
    Seule la vaccination massive pourrait combattre la DMC, si le gouvernement était un peu plus lucide.
    Sans parler du malheur des éleveurs.

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  3. Metzger

    Il est inadmissible de traiter le vivant comme un objet inerte et de décider s’il a le droit de vivre ou s’il mérite de mourir alors qu’il n’est pas un danger pour l’homme. Le gouvernement a sous-estimé l’attachement des paysans bons, pour leurs vaches. Ils savent qu’elles sont chacunes, différentes des autres.

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